Manga

Je radote depuis quelques temps sur le Japon. Mais je me dois de coming-outer un honteux secret… Je n’ai lu mon premier manga qu’il y a peu ! Des anime, des livres d’auteurs japonais, des films, ça j’avais donné, et beaucoup. Mais le manga, inexplicablement, n’avait pas franchi le seuil de mon appart !

Suite à l’article de Sandy sur le manga « Midnight secretary » – sur lequel je suis arrivée parce que le mot vampire m’avait attiré l’œil dans ma quête d’une nouvelle littérature à me mettre sous la dent – j’ai littéralement… plongé !

Je reviens à ce que je disais dans mon article « Japon, mon amour… Suite » : aborder la culture japonaise, c’est apprendre à lâcher prise. Il y a tant de choses qui ne sont pas « nous » qu’il faut se laisser prendre par la main et renoncer à nos codes moraux et nos repères. Donc j’ai lu du manga ; beaucoup ; énormément ; à la folie !

Je me suis focalisée sur deux « styles » : le shoujo (romance) et le josei (romance pour femme adulte) parce que je vous le rappelle je dois assumer le fait que je suis un :coeur-artichaut-copie-1

J’ai été saisie par cette capacité qu’on les mangaka de dire en quelques images des mouvements, des sentiments ou des événements successifs. Les japonais ont l’art de l’ellipse et de l’évocation condensée, dans l’image ou dans les haïku.

Avant de vous parler de certains en particuliers, j’ai envie, de vous proposer un florilège des trucs qui m’interpellent-quelque-part-au-niveau-de-mon-vécu parce que ces références ne sont pas les miennes. Je parle évidemment des rouages les plus décelables dans l’écriture des mangaka et dans le déroulé des scripts de manga dit « pour filles » (mode caricature on… quoique)

– Les déclarations d’amour sont soudaines, implacables, du genre « on ne s’est jamais adressé la parole mais je t’aime », pleines de certitudes… ; ébahis devant tant de force, on s’imagine moult embrassades passionnées… ah oui mais non. L’effusion ultime après cette renversante révélation est de se tenir par la main…

 – La fille amoureuse trébuche : à croire que celle-ci ne sait plus mettre un pied devant l’autre. Opportunément, cela arrive en présence du jeune homme qui dans un mouvement élégant empêche la chute de la jeune fille. celle-ci se retrouve donc dans les bras de l’aimé, la plupart du temps soutenue par la taille, dos contre la poitrine de l’élu, et incroyablement consciente de ses battements de cœurs affolés, ou des battements de cœur puissants de l’Homme. Bon, si elle ne trébuche pas, elle s’évanouit, excellent moyen de se retrouver dans les bras musclés et protecteurs de son Désiré.

– Le jeune homme exprime la plupart du temps – et ce avant de s’être déclaré – son affection/ sa tendresse/ son amour naissant par le frottage de cheveux de la jeune fille.

– L’Homme achète des cadeaux, beaucoup, de luxe de préférence ; faire du shopping et aller acheter semble être un des piliers du couple en devenir.

– Les Filles, ça pleure. Enormément. Ça rougit. Tout le temps. Ça crie des « kihaa » à tout bout de champs. Des fois ça fait tout à la fois. Si si. Ça saigne du nez sous le coup de l’émotion.

– Se couper le doigt peut provoquer une réaction exaltée du potentiel partenaire qui va lècher la plaie avec délice… Apparemment la peau du bout des doigts est une zone érogène.

– Certains/beaucoup d’adolescents vivent seuls, ne voient jamais leurs parents. ceux qui vivent avec leurs parents semblent y vivre comme à l’hôtel.

– Aller dans un « love hotel » semble être une activité tout à fait tolérée pour les couples mineurs qui s’y rendent sans problème.

– La relation à distance est souvent envisagée comme longue, et comme une coupure totale entre les amoureux. Dans le pays de la technologie et de la miniaturisation, voir des adieux déchirants alors qu’internet, le téléphone, le train et l’avion sont à portée de tous me laisse. . sans moyen de communiquer avec mes cordes vocales (oui, bouche-bée !)

– La différence d’âge semble être un moteur « érotisant » : en faveur du jeune homme la plupart du temps, elle est en moyenne de 5 ans dans les mangas que j’ai lus.

– La différence de statut social est aussi très présent : le « senpai» (collégien/lycéen/étudiant avancé) et la petite « kōhai» (collégien/lycéen/étudiant débutant) ; le salarié et la jeune fille encore scolarisée ; le professeur « sensei » et son élève/étudiante ; le patron et sa secrétaire…

– Mais surtout, même dans la relation amoureuse, l’appellation de l’être aimé se fait par le statut. « j’aime senpai», « je vais voir senpai»… et les suffixes tels que des « san », de « kun » etc… qui volent à tout-va. Les dialogues donnent la sensation que les gens se parlent à la troisième personne : « unetelle est amoureuse de senpai » là ou nous dirions « je suis amoureuse de toi »

Beaucoup plus perturbants, mais faisant apparemment parti des ressorts « érotisants » :

– Le simili-viol ou le viol : bon le viol, je ne vous fais pas un dessin. Le simili-viol demande un développement : la jeune fille est amoureuse, veut devenir intime avec l’élu de son cœur, mais dépassée par les émotions et la sensualité suscitées par cette intimité, elle rougit et ne cesse de dire à haute voix « non ». les mangas dits « matures » étant relativement explicites, ça donne des scènes ou la relation est consentie intellectuellement et psychologiquement, mais ou la timidité/la réserve que doit avoir toute jeune fille qui se respecte se traduit par une attitude ou son corps dit une chose et sa bouche une autre.

– L’inceste : un frère, une sœur (pour la version hétéro). La plupart du temps séparés par le divorce des parents. Ils ne se sont jamais revus. Parfois ils ignorent même l’existence de l’autre ; ils ne portent pas le même nom de famille. Ils se rencontrent, tombent amoureux, découvre leur liens du sang, atterrés ils essayent de ne pas succomber, mais l’amour est plus fort que la morale. (il faut savoir qu’au japon, lorsqu’il y a divorce, les fratries peuvent êtres séparées, partagées entre les parents. La femme reprend son nom de jeune fille, et l’enfant se voit substituer ce nom de famille. Les enfants ne revoient pas l’autre parent. Le droit de visite n’existe pas dans le droit japonais) Autre situation possible : le lien familial est existant (par le biais d’un mariage ou d’une adoption), mais pas celui du sang. quelque soit la situation de départ, l’une des problématiques de ces couples reste la transgression de l’ordre moral et la trahison de la famille.

Je fais ici un constat. Si je lis un manga, je dois être consciente que se sont des moteurs fictionnels relativement basiques au japon. Et que des mangaka talentueux peuvent en faire de bonnes histoires.

Evidemment ça me met très mal à l’aise par rapport à la réalité. Ça pose la question de la transgression, de la notion de consentement en matière de sexualité, de la différence culturelle. De très vastes débats qui ne sont toujours pas clos.

Tout cela étant posé, vous aurez bientôt quelques articles sur ces mangas qui m’ont émue ou mise mal à l’aise…

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