Celle que j’attendais – Sherry Thomas

celle quePrésentation de l’éditeur : « Bon voyage, mon oncle. Revenez-nous vite ! » La voiture disparue, le sourire d’Elissande s’évanouit. Son oncle, elle le hait pour ce qu’il leur inflige, à elle et à sa tante, depuis tant d’années. A Highgate Court où elles vivent coupées du monde, les brimades pleuvent, pourtant il faut jouer la comédie et toujours sourire en l’honneur de ce monstre. Elissande pourrait fuir, mais il n’est pas question qu’elle abandonne sa tante. Alors elle donne le change et espère, jusqu’au jour où elle rencontre le marquis de Vere. Elle n’a que trois jours pour l’épouser avant le retour de son bourreau. Elle ignore que, comme elle, Vere n’est pas celui qu’il prétend être…

 Alors là, je dis chapeau bas, et j’applaudis. Ce livre a remporté le RITA Award (prix littéraire américain) de la romance historique en 2011. Et c’est bien mérité.
J’ai rarement lu – dans le genre romance historique – une attaque de livre aussi astucieuse et drôle.

Tout le livre est à l’avenant. Astucieux, car il passe de la pure comédie au drame le plus intime (la destruction psychique par un pervers narcissique dans le sens psychiatrique des termes). Drôle parce que Lord Vere « dans » son personnage est hilarant et la scène de séduction entre lui et Elissande vaut son pesant de cacahuètes.

C’est un bon roman, qui peut se lire plusieurs fois (en tout cas moi je l’ai fait lol, je voulais en extraires citations mais tout le sel est dans la façon dont le texte se déroule. Du coup, je vous mets cette introduction du tonnerre).

Si avec ça vous n’avez pas envie de vous y plonger…

 Le marquis de Vere était un homme de peu de mots.
Pourtant, rares étaient ceux qui le savaient parmi ses amis et relations. Et celui qui l’aurait affirmé aurait déclenché une tempête de rires et de quolibets. Car en société, lord Vere était considéré comme un incorrigible bavard. Qui parlait à tort et à travers.
Aucun sujet ne l’effrayait, pas même le plus abscons, et il était toujours prêt à donner son avis, éclairé ou non. Il pouvait ainsi pontifier des heures durant sur« la préraphaélite » – qu’il pensait être une molécule récemment découverte par la science – ou sur les habitudes alimentaires des tribus pygmées du centre de la Suède.
Lord Vere était aussi un homme qui gardait jalousement ses secrets.
Cette seule idée aurait fait se tordre de rire ses pairs de l’aristocratie londonienne. Allons donc ! Se serait-on récrié. Ce moulin à paroles était toujours prêt à régaler la compagnie des détails les plus intimes de son quotidien, sans égard pour les chastes oreilles, ce qui donnait souvent lieu à des moments de cruel embarras pour son entourage.
Il n’hésitait pas à étaler les difficultés qu’il rencontrait à courtiser les jeunes filles de bonne famille. En effet, en dépit de son titre de marquis, il ne comptait plus les rebuffades. Il révélait également avec la plus grande candeur l’état de ses finances personnelles. Son analyse de la question était du reste fort discutable, puisqu’il semblait n’avoir qu’une très vague notion des fonds dont il disposait. Et avec ses camarades du club sportif, il allait même jusqu’à détailler la longueur et le diamètre de sa virilité, des proportions certes enviables, comme avaient pu le vérifier certaines veuves joyeuses qui, de temps à autre, ne refusaient pas quelques galipettes entre les draps en compagnie de ce grand gaillard au physique d’Adonis.
Pour résumer, lord Vere était un sot. Certainement pas un malade mental, pas plus qu’un arriéré : il n’était ni dangereux ni dépendant d’autrui pour la vie quotidienne. Non, lord Vere était juste une andouille. Inculte, prétentieux et bête à manger du foin, il n’avait aucune mémoire, mélangeait les dates et les événements, confondait allègrement les gens, et n’avait d’autre sujet d’intérêt que la mode, la bonne chère et sa petite personne.
Étant néanmoins inoffensif et d’un caractère enjoué, il était plutôt apprécié par ses pairs pour les moments d’intense distraction qu’il leur offrait.
Il n’était pas doué pour le tir, n’avait en tout et pour tout qu’une malheureuse perdrix à son tableau de chasse – et encore, pour avoir pressé la détente par mégarde. Sa maladresse effrayait. Il se trompait toujours de porte, appuyait toujours sur le mauvais bouton, la mauvaise manette, s’égarait sans cesse, que ce soit en ville ou à la campagne, oubliait l’heure, etc.
Il en était ainsi depuis le tragique accident de cheval dont il avait été victime treize ans plus tôt, si bien que nul n’aurait eu l’idée d’établir un lien entre sapersonne et certaines affaires criminelles qui avaient défrayé la chronique.
Rares étaient donc ceux qui connaissaient ses activités clandestines au service de la Couronne. Ces quelques initiés se demandaient parfois à quoi pouvait bien ressembler la vie d’un homme qui passait le plus clair de son temps à jouer les abrutis. Mais la question demeurait sans réponse. Car lord Vere était un homme de peu de mots, qui gardait jalousement ses secrets.
Mais, bien sûr, les secrets finissent toujours par s’ébruiter…
Pour lord Vere, le commencement de la fin survint lorsqu’il se fit piéger par une jeune personne d’une lignée à la moralité douteuse, et qui, par un étrange tour du destin, n’allait pas tarder à devenir la marquise de Vere.
Sa femme.

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