Sherry Thomas – La Trilogie FitzHugh Tome 2 : Elle, et aucune autre

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Présentation de l’éditeur : Millie ne s’est mariée avec Fitz que pour permettre à ce dernier de sauver sa famille de la banqueroute. En échange, elle obtient un titre de comtesse. En raison de leur jeune âge, ils vont attendre huit ans avant de consommer leur union, après ils vivront chacun de leur côté. Lorsque le moment venu pour elle de devenir réellement la femme de Fitz, l’amour d’enfance de ce dernier réapparaît.

Que cette présentation est sèche pour ce gros, gros coup de cœur! Un énième pour un livre de Sherry Thomas qui, définitivement, est un de mes auteurs de romance préférée.

Millicent Graves est la fille d’un gros industriel (il fabrique des sardines en boîte) et n’a été éduquée que dans un seul but : devenir la femme d’un aristocrate ruiné, pour permettre à son père d’accéder à un nouveau barreau de l’échelle sociale. Enfant docile, elle s’est pliée à cette éducation et au sort qu’il lui est réservé.

C’était une enfant calme et sérieuse, qui savait d’instinct que de nombreuses choses reposaient sur ses frêles épaules. […] L’amour ne faisait tout simplement pas partie de l’équation. Ses avis et goûts personnels n’entraient pas en ligne de compte. Elle n’était somme toute qu’un rouage dans cette grande machinerie qui s’était mise en route : le beau mariage.

Fiancée à 16 ans à lord Fitzhugh, Comte de son état, celui-ci a le fort mauvais goût de décéder à l’âge de 33 ans. Qu’à cela ne tienne : Monsieur Graves entame de nouvelles négociations matrimoniales avec son héritier, un cousin âgé de 19 ans. Lorsque Millie le rencontre, elle a le coup de foudre. Malheureusement, celui-ci est loin d’être réciproque: Fitz est amoureux fou d’Isabelle, son amie d’enfance, et ne contracte ce mariage que contraint et forcé par la situation financière de son comté, et par son sens du devoir envers lui.
Millie découvre par hasard cet amour fou, et anéantie, cherchant à se protéger, en vient à proposer à Fitz de ne pas consommer le mariage, et de vivre chacun sa vie de son côté. Celui-ci, soulagé, impose une durée de 8 ans à cet état de fait.
Le mariage a donc lieu entre un jeune homme désespéré de quitter sa bien-aimée, et une jeune femme brisée par l’idée que l’homme qu’elle aime et épouse en aime une autre.

Huit ans plus tard, Isabelle, veuve et mère de deux enfants, revient des Indes pour s’installer à Londres. Fitz et elle espèrent vivre ensemble. Mais avant cela, il doit mettre fin à la non consommation de son mariage et enfin produire l’héritier dont il a besoin. Il propose donc à Millie une période 6 mois pendant laquelle ils essayeront d’engendrer cet enfant, avant de se séparer…

La très grande force de ce roman, c’est le découpage entre 1888 et 1896. Un chapitre concernant un point clé de la relation entre Fitz et Millie au cours de ces années alterne avec un chapitre de la situation actuelle, et l’impact du retour d’Isabelle dans leur vie à tous deux.
Quand on retrouve Millie et Fitz en 1896, ils ont construit une solide relation amicale, empreinte d’un grand respect l’un envers l’autre. Millie n’a jamais fait part de ses sentiments à Fitz. Elle assume le retour d’Isabelle avec distinction et courage. Parle de la réunion de Fitz et d’Isabelle comme une évidence alors que ça lui déchire le cœur. Fitz lui, oscille entre culpabilité envers Millie, et bonheur de retrouver Isabelle.
On assiste dans les chapitres consacrés à la vie de couple de Millie et Fitz à la naissance de cette relation forte et amicale qui va les lier. Mariés si jeunes, et avec le sérieux handicap de deux cœurs brisés, c’est Millie qui, avec obstination et douceur, va chercher à créer du lien avec cet époux qui se noie dans son chagrin, permettre à Fitz de le dépasser. En se consacrant à la rénovation de la demeure familiale, ils se lancent dans un projet commun qui va leur permettre de se découvrir et de mieux se connaitre.
L’inscription du récit dans la durée permet, par petites touches, de s’attacher à ce couple naissant, donnant envie de piler sur place Isabelle qui vient perturber tout cela. D’un autre côté, l’amour si grand que lui porte Fitz donne (presque) envie qu’il soit enfin heureux avec elle.
L’histoire à un charme fou, est pleine de délicatesse, et la complexité de l’équation Millie/Fitz/Isabelle est très bien traitée. Millie est un personnage formidable, tout en retenue, en abnégation, en amour pour Fitz.
J’ai trépigné pendant la lecture, car le découpage sus-mentionné est aussi un moyen de maintenir un certain suspens. Comment Fitz et Millie en arrive-t-ils à devenir amis? Fitz va-t-il vraiment partir avec Isabelle et se rendre compte de son erreur?

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Kristan Higgins – Until there was you

11164514Présentation de l’éditeur : Posey Osterhagen can’t complain. She owns a successful architectural salvaging company, she’s surrounded by her loveable, if off-center, family and she has a boyfriend—sort of. Still, something’s missing. Something tall, brooding and criminally good-looking…something like Liam Murphy. When Posey was sixteen, the bad boy of Bellsford New Hampshire, broke her heart. But now he’s back, sending Posey’s traitorous schoolgirl heart into overdrive once again. She should be giving him a wide berth, but it seems fate has other ideas…

Vous aimez les comédies sentimentales, légères et romantiques? Vous lisez l’anglais? Ce livre est pour vous!

Cordélia Osterhagen, appelée par tout ses proches Posey, est une enfant adoptée par une famille formidable mais un tantinet excentrique, qui possède un restaurant de gastronomie allemande en plein New Hampshire (USA). Elle dirige une entreprise de récupération du patrimoine architectural (en gros, elle démoli des bâtiments en en extrayant tout ce qu’il y a d’intéressant au niveau historique et en revend les pièces rénovées). Elle est petite, toute mince, très brune dans une famille blonde aux yeux bleus. Elle a la trentaine et fréquente en secret le patron du restaurant italien rival du restaurant de ses parents.

Liam Murphy a la trentaine bien entamée. Ancien bad-boy de la ville, il revient s’installer à Bellsford avec sa fille de 15 ans. Il avait épousé à 18 ans son grand amour du lycée, Emma, après la découverte d’une grossesse accidentelle.Il a travaillé pour la famille Osterhagen au restaurant. Il est veuf depuis 3 ans et à décidé de revenir dans la région pour permettre à ses beaux-parents de voir plus souvent leur petite-fille. Il est confronté à une des pires épreuves qui soit 😉 l’adolescence de sa fille. Père concerné, aimant et totalement flippé, il en arrive à avoir des TOCs tant il se fait du souci pour sa fille.

Emma était la femme de Liam. Coqueluche du lycée, issue d’une famille aisée, gentille et abordable, elle a joué un rôle important dans la vie de Posey : elle lui a permis d’avoir un cavalier pour le bal du lycée.

Ah, le jour du bal du lycée. Le jour où Liam a brisé le cœur de Posey, alors que celle-ci était folle de lui. Mais je ne vous dirai pas ni comment ni pourquoi 😀

On assiste donc aux retrouvailles de Posey/Cordélia et de Liam et à l’éclosion de leur relation. Lui pas très chaud pour avoir une relation sérieuse avec qui que ce soit, se trouve étonnamment charmé par ce petit bout de femme. Elle réticente à se laisser aller de peur de se briser le cœur une nouvelle fois.

Et puis il y a la relation, formidable, de Liam avec sa fille. C’est surement ce que j’ai préféré dans le livre (est-ce parce que fils-à-moi aborde ses 12 ans et entame sa 5ème vaillamment?  Parce que fille-à-moi est en pleine période pré-adolescente du haut de ses 10 ans révolus? En tout cas ça m’a parlé +++!). Le pauvre est totalement flippé; sa petite fille grandit, conteste, veut avoir un petit copain… Et lui ne veut surtout pas qu’un garçon l’approche! Parce qu’il se souvient d’avoir été un adolescent plein d’hormones, un tombeur de ses dames, un papa à 18 ans.. Un papa qui a élevé sa fille au milieu des moteurs de moto pendant qu’Emma poursuivait ses études et faisait carrière. Un papa qui d’un seul regard terrifie le jeune homme qui courtise sa fille. Un papa tendre et complice, juste et cadrant.  Les dialogues entre eux sont pleins d’amour et d’humour. Et le papa ours qui grogne pour sauvegarder la vertu de sa fille est touchant et craquant.

On retrouve la marque de fabrique de Kristan Higgins dans le livre : la trentenaire pas encore casée qui rêve de l’amour toujours, de la famille avec sa maison à la barrière blanche et ses 2,5 enfants; le chien de race indéfinissable et adorable; le premier amour caché de l’adolescente qui devient le grand amour de la vie d’adulte; la famille déjantée, hyper présente mais aimante…. On est en terrain connu mais c’est du bel ouvrage, et on ne boude pas son plaisir de midinette!
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Anna Campbell – La robe écarlate

562327_630477360318350_1661433622_nPrésentation de l’éditeur : « Entendu lord Erith, je serai votre maîtresse. »
Olivia Raines a posé ses conditions. Son nouveau protecteur est riche, généreux. Parfait, donc. Alors pourquoi cette peur qui l’étreint. Parce que le comte n’est visiblement pas de la même étoffe que ses amants habituels qu’elle comble de jouissances sans jamais s’abandonner. De fait, Erith s’en aperçoit et lui lance un défi : il sera le premier à la faire pâmer de volupté. Olivia lui rit au nez. Elle sait que tout plaisir lui est interdit. Entre la courtisane désabusée et l’aristocrate sans âme, un duel sensuel s’engage.

Gros coup de cœur pour ce livre. Très bien écrit, une intrigue magistralement dominée par l’auteure, des personnages passionnants et atypiques de par leur âge et leur vécu, et la frigidité de l’héroïne, courtisane célèbre.

Lord Julian Southwood, Comte d’Erith, revient en Angleterre après un exil volontaire de 16 ans, à l’occasion du mariage de sa fille. Marié très jeune, fou amoureux de sa femme, et veuf à 22 ans, il a fuit ses enfants et sa famille, en embrassant une carrière diplomatique. Intelligent, froid, incisif, engoncé dans un deuil qu’il n’arrive pas à faire, rongé par la culpabilité, il a pris l’habitude de n’accepter que le meilleur dans sa vie :

 Le comte d’Erith n’achetait que ce qu’il y avait de mieux. Les meilleurs costumes. Les meilleurs chevaux. Les meilleures femmes.

Dans cette optique, il décide de faire d’Olivia Baines sa maîtresse pendant ce séjour anglais. Olivia est une demi-mondaine qui aborde le tournant critique de la trentaine. Lasse de cette vie de courtisane qu’elle subit depuis le premier jour, elle a décidé de se retirer après une dernière liaison lucrative, et en pleine gloire. Elle a toujours choisi ses protecteurs et établi comme règle de ne jamais fréquenter un homme marié.

on disait que lorsqu’elle acceptait les faveurs d’un homme, elle lui restait loyale jusqu’à ce qu’elle se lasse de lui. Pour l’instant, d’après ce qu’il savait, aucun homme ne s’était lassé d’elle.

Entre eux, la tension sexuelle est immédiate, tout comme l’est la tension intellectuelle. Dès le départ, ils sont en face d’une personne qui les attire mais qu’ils ne comprennent pas. D’où une méfiance réciproque, qui se traduit par l’affrontement, même s’ils finalisent l’accord qui les liera pour quelques mois.

Leur histoire prend un tournant lorsque Julian découvre avec stupéfaction, lors de leur première nuit ensemble, que cette courtisane renommée simule le plaisir. Leur rapport de force les mènent à parier :

– Que suggérez-vous donc, monsieur ?
– Accordez-moi un mois. Si je ne puis vous éveiller au plaisir durant cet intervalle, je me mettrai publiquement à genoux devant vous et clamerai haut et fort que vous êtes la seule femme qui m’ait jamais fait déposer les armes.
Elle haussa un sourcil délicat.
– Déposer les armes ?
– Nous aurons tout le loisir de discutailler de la terminologie. Si vous gagnez, vous pourrez me quitter et conserver tous les avantages en nature qui vous seraient revenus si vous étiez restée jusqu’en juillet.
– Et si vous l’emportez ?
– Vous admettez votre défaite et demeurez ma maîtresse enthousiaste jusqu’à mon départ pour Vienne.

Commence alors une relation passionnée, faite de joutes verbales dans le huis-clos de leurs rencontres, de sentiments qui explosent au grand jour, d’amour et de déchirure. Il se jaugent, se tournent autour, s’observent, se défient, se surprennent, s’apprivoisent, s’exposent.

toute la saveur du livre réside dans l’intensité de cette relation, dans l’intensité des personnalités d’Olivia et Julian, dans le télescopage des douleurs de leur passé respectif, dans l’immixtion destructrice de la réalité sociale dans leur liaison.
Le récit est tout en tension, nerveux et fluide. Les dialogues sont intelligents et abondants. Les scènes érotiques sont particulièrement bien écrites et s’inscrivent dans la cohérence de l’évolution de cette amour naissant. Rien n’est facile dans leur histoire, et même si la happy-end est là, elle se gagne de haute lutte.

J’adorerais que l’un d’entre vous le lise, qu’on en parle un brin 😉 !

Robin Schone, La lady et le soldat

51YKVVBX74L._SY445_Présentation de l’éditeur : piégé par la tempête, le colonel Coally se réfugie dans un cottage isolé où vit lady Abigail, vieille fille de trente ans dont il ne tarde pas à découvrir l’inavouable secret : elle se languit de connaître les joies de l’amour physique qu’elle imagine seulement grâce à sa collection de livres. Ces deux solitudes vont s’unir dans le plus audacieux des pactes : chacun devra assouvir les fantasmes de l’autre.

Encore une présentation d’éditeur qui ne me satisfait pas. elle n’est pas représentative de la finesse de l’écriture de cette nouvelle, et de la sensibilité du récit. il faut dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce texte.

Lady Abigail Wynfred est seule dans un petit cottage isolé. Elle va avoir trente ans,  et est considérée comme une vieille fille par la bonne société. Abigail avait des rêves de jeune femme : rencontrer l’amour et découvrir avec lui toutes les facettes d’une sensualité qu’elle explore grâce aux publications scandaleuses qu’elle lit en cachette. Mais à l’occasion de cet anniversaire particulier, elle décide de s’accorder une semaine loin de tout, pour dire adieu à cette jeune femme rêveuse mais pleine de fougue, et se tourner vers un mariage de convenance.

Le colonel Coally a 35 ans, dont 22 passés dans l’armée. C’est un homme désabusé, sensible, submergé par des souvenirs de guerre éprouvants. Il retourne à la vie civile.  Il n’a jamais connu que des amours furtives et tarifées. Ce soir là, il se rend à la taverne pour y trouver une femme, et oublier. Mais son cheval le renverse et s’enfuit.

Ces deux solitaires, qui sont à un tournant majeur de leur vie, sont donc réunis par une tempête. Coally se réfugie dans le cottage d’Abigail, contre la volonté de celle-ci. L’isolement, l’orage, l’obscurité permet un rapprochement qui n’aurait pas eu lieu en temps normal:

Elle aurait dû être choquée par cet aveu qu’un gentleman ne se serait jamais permis de faire à une dame. Au lieu de cela, elle oublia sa rancœur qu’un étrange sentiment de camaraderie envers cet inconnu remplaça. Il avait vu sa malle remplie d’ouvrages érotiques et il ne l’avait pas jugée. Elle n’aurait pas l’hypocrisie de le juger maintenant, alors qu’il était de toute évidence taraudé par les mêmes désirs qu’elle.

Lui veut se perdre dans la volupté pour oublier les horreurs de la guerre, elle pour ne pas penser à l’avenir. C’est pour quoi elle lui propose :

– Je veux bien vous aider à oublier, Robert, si vous m’aidez à faire de même en retour.

Il décident donc d’un pacte : tant que durera cette orage, ils se donneront l’un à l’autre, sans tabou.

– Laissez-moi être l’homme de vos fantasmes, Abigail, murmura-t-il contre sa joue. Pendant que la tempête continue, donnez-moi tout ce que vous lui avez donné à lui.
[…]
Elle voulait oublier, elle aussi. L’espace d’une nuit, elle serait celle qu’elle avait cru être quand il l’avait embrassée. Une femme belle, désirable, jeune et pleine d’espoir.

Commence alors une exploration sensuelle.Une exploration non seulement des corps mais aussi des âmes, et des cœurs. Ils se parlent, échangent leurs fantasmes, se respectent, s’émeuvent l’un l’autre. Et grâce à ce dialogue qui s’instaure entre eux, grâce à cette volupté qu’ils découvrent ensemble – elle en perdant sa virginité, lui en ayant pour la première fois une relation non tarifée et avec une dame de qualité – ils se lient profondément tout en accédant à une nouvelle connaissance d’eux-mêmes. Ils s’offrent l’un à l’autre pour un temps qu’ils pensent compté, mais qui les engage l’un envers l’autre. Et pourtant un malentendu les séparent… et un tour du destin les réunis.

C’est un récit doux-amer, joliment écrit, où on parle de sexe crûment mais sans vulgarité, où les personnages se vouvoient, où le respect est présent et profond, et qui en plus, finit bien ce qui ravit mon cœur d’artichaut!

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