Brothers Sinister – Courtney Milan

courneyCet article va commencer par un coup de gueule, né d’une incompréhension totale de ma part : comment se fait-il que Courtney Milan, une des plus grandes auteures de romance historique du moment (voire à mes yeux la plus grande avec Sherry Thomas) ne soit pas traduite en France par une maison d’édition, là où beaucoup se contentent de rééditions?! A tel point que Courtney Milan publie son roman The governess affair, pré-quel de la série Brothers Sinister , grâce à une traduction française à compte d’auteur?! Non, vraiment, je ne ne comprends pas.

Alors que cette série ne fait qu’aligner joyaux après joyaux!

The governess affair, une nouvelle magistrale, avec Serena Barton, une femme hors du commun, gouvernante renvoyée pour cause de grossesse, qui se bat pour faire reconnaître le doit de son enfant à venir à un avenir meilleur que celui réservé à un bâtard d’aristocrate, et qui se refuse à abandonner tant que sa dignité mise à mal par le duc de Clermont, qui l’a violée, ne lui est pas rendue. Et le moyen formidable qu’elle a trouvé de protester est original : elle reste là, sur un banc, chaque jour qui passe, devant la demeure londonienne de Clermont, silencieuse, digne, mais incontournable. Clermont, lâche et veule, se décharge de sa responsabilité sur son intendant, Hugo Marshall, connu sous le sobriquet du loup de Clermont, un homme d’origine modeste, ancien pugiliste, qui forge son destin à la force de sa volonté, et qui a parié avec de duc une fortune contre son travail pendant un an et la promesse de remettre en ordre en un an le désastre financier que le duc a crée. Serena et Hugo s’affrontent donc, car la présence seule de Serena a conduit au départ de la jeune duchesse à peine épousée, dont le père a suspendu le versement de la rente allouée au moment du mariage, versement qui a été lié au bonheur que devait trouver la duchesse dans sa vie de femme mariée. Comment Hugo va-t-il gérer la menace sur sa future fortune? Serena obtiendra-t-elle réparation?
Je ne vous spoile pas en vous révélant que quelques années plus tard, le fils de Serena et le fils légitime du duc se rencontreront et décideront de devenir des frères. Liés par le sang, certes, mais surtout liés par l’amitié.

Ce qui nous mène à la série en elle-même: nous retrouvons les frères adultes – façon élargie, car Sinister est un surnom donné à plusieurs camarades d’école dont la particularité était d’être gauchers – dont font partie Robert Blaisdell, Duc de Clermont (le fils légitime), Oliver Marshall (le bâtard, là aussi je ne spoile pas, c’est dans la quatrième de couverture), et Sebastian Malheur, leur cousin.
L’originalité de la série, c’est qu’elle n’a plus comme cadre historique la période régence, mais le début de la période victorienne, celle de l’explosion de l’industrialisation, des idées politiques émergentes qui parlent de la masse laborieuse, des progrès de la médecine, de l’idée de l’hygiène, une période bouillonnement des idées et des sciences qui se télescope avec la misère de cette classe sociale qui prend forme, celle des ouvriers. bref, le contexte historico-politico-social est remarquablement transcrit et maîtrisé. Elle pose à chaque fois le douloureux problème de l’identité, de la reconnaissance par la société de l’individu, que ce soit par le contexte évoqué que par l’histoire de chaque protagonistes de cette série.

The duchess war s’inscrit totalement dans ce contexte. Robert Blaisdell, Duc de Clermont, a une conscience sociale et politique. Née du mépris pour ce père honnis qui l’a engendré, il cherche à racheter les fautes de feu le duc de Clermont. C’est pour cela qu’il se rend dans le Leiceister, où il possède une usine, où son père a lamentablement exploité les ouvriers. C’est un radical, c’est à dire un de ces fous de progressistes qui pense que le gouvernement se doit de légiférer pour le bonheur du peuple, et se positionne pour l’abolition de la pairie. Mais il ne peut s’afficher en tant que tel, c’est donc de façon anonyme qu’il rédige des pamphlets capables d’enflammer les ouvriers et de provoquer une grève.
Il croise le chemin de la mal fagotée petite souris de province qu’est Wilhelmina Pursling. Elle a compris qui se cache derrière ces pamphlets, et est en colère. Elle craint les emeutes, les arrestations, et le potentiel bain de sang que pourrait entrainer une grève, elle qui assiste au quotidien les ouvriers grâce à différents comités de bienfaisance.
Bien ennuyé d’être découvert, mais fasciné par cette jeune femme tout feu tout flammes engoncées dans ses robes austères et cachées derrières ses lunettes, il se rendra compte qu’il n’est pas le seul à cacher des secrets…
C’est donc leur rencontre, leurs affrontements, et leur rapprochement sur fond de contestation sociale qui font le sel de cette histoire à la fois grave et légère, complexe et pleine d’intensité.

The hereiss effect se concentre sur l’histoire de son frère, Oliver Marshall dont le chemin va croiser celui de Jane Fairfield. autant vous le dire tout de suite, j’ai littéralement a-do-ré ce livre. Ce couple est touchant, leur histoire m’a fait palpiter le cœur, il y a une scène particulièrement déchirante qui m’a retournée. Bref, du grand art.
Jane est une héritière, du genre très riche héritière. Malheureusement, cette fortune lui échoit par le biais d’un homme qui n’est pas son père… mais son probable géniteur.  Ce qui pose problème à son oncle, moralisateur, réprobateur, pour qui elle est l’incarnation du péché. Problème d’autant plus grand qu’il veut la marier au plus vite, pour s’en débarrasser, mais ce pedigree est bien gênant. Car sa nièce se montre incroyablement… maladroite. Dans ses propos inconsidérés, dans sa façon d’être, genre éléphant dans un magasin de porcelaine. Elle n’est franchement pas dans le Ton. Et à raison : Jane ne veux pas se marier, elle veut rester auprès de sa sœur, à la santé fragile, jusqu’à ce qu’elle soit majeure et puisse quitter cet oncle malveillant à force de volonté de conformisme.
Mais Jane, lors d’une soirée à laquelle assiste Oliver, indispose la personne qu’il ne faut pas. Ivre de rage, cet influent membre du parlement propose à Oliver un contrat qu’il devra signer du sang de sa conscience : humilier publiquement Jane contre l’assurance du vote de plusieurs membres du parlement en faveur d’une proposition de loi qu’Oliver tente de faire passer. Ces voix lui donnent l’assurance de voir son projet aboutir…
Car Oliver est ce qu’on pourrait appeler une éminence grise. Dans la mouvance politique de son frère Robert, il accumule depuis des années, avec discrétion mais acharnement, le soutien des hommes de pouvoir, pour fléchir la marche des réformes à entreprendre.Tourmenté depuis toujours par son double statut – fils illégitime de, fils élevé par – il peine à trouver sa place dans la société, ce qui fait le moteur essentiel de sa volonté de réussir et d’influencer le destin du plus grand nombre.
Tous deux se débattent donc avec leur illégitimité, leur place dans la société, le fait de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas (elle pour une imbécile alors qu’elle est d’une finesse incroyable dans son double jeu, lui pour un homme serein et discret alors que les passions l’agitent), et les sentiments qui les portent l’un vers l’autre.
Comment vont-ils se sortir de tout cela? C’est avec brio, sensibilité et justesse que Courtney Milan emmène nos deux écorchés vifs jusqu’à la résolution de cette histoire.

Nous en arrivons donc au troisième tome de cette série, mais pas dernier car pour l’instant Courtney Milan annonce encore deux tomes à venir.
The countness conspiracy prend pour cadre cette fois-ci les évolutions scientifiques du 19ème siècle. Et quand on parle évolution… Sebastian Malheur fait scandale. Les femmes choquées défaillent autour de lui, les hommes furieux l’injurient. Non pas pour son sourire ravageur, sa beauté insolente, son esprit brillant ou ses nombreuses conquètes. Non. Sebastian est un scientifique de renom contesté qui ose, oh scandale ultime, parler de reproduction botanique en public. Et se targue d’expliquer scientifiquement l’évolution là où l’oeuvre de Dieu se doit d’être incontestable.
Mais Sebastian est fatigué, à bout. De l’adulation, de la réprobation et de la célébrité. Et de son secret. Ou plutôt de leur secret. Car les théories développées en public par Sebastian ne sont pas les siennes, mais celles de Violet Waterfield, comtesse de Cambury, « frère sinister » de par sa fréquentation du groupe des trois garçons lors de sa jeunesse. Violet est affolée: si Sebastian ne porte pas sa voix en public, s’en est fini de ses recherches scientifiques, auxquelles elle a tout consacré. Sa vie s’effondrerait. Pour la deuxième fois. Mal mariée à dix-huit ans à peine, à un aristocrate si obsédé par sa postérité qu’il en viendra même à mettre la vie de sa jeune femme en danger, Violet s’est étiolée, épuisée moralement et physiquement. Sa seule raison de vivre, ce sont ses recherches, dans un monde où les femmes n’ont pas accès aux postes d’enseignement, et où les théories quelle développe sont considérées comme scandaleuses, impropre à son sexe, et même à la limite de l’éréthisme.
Lentement, Courtney Milan effeuille leur relation : leur passé commun ou respectif, l’amour pour Violet que Sebastian porte en secret et depuis toujours, leur présent, la façon dont chacun aspire à la respectabilité, à la tranquillité. sebastian est lumineux, Violet n’est qu’ombres, et pourtant…

Bref, de la grande, très grande romance historique que je vous recommande chaudement.

LUENVO2014

 

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5 réactions sur “Brothers Sinister – Courtney Milan

  1. Je plussoie, j’adore courtney milan !
    J’ai beaucoup aimé le tome 0,5 et je vais bientôt attaquer les suivants.
    Tu me donnes envie de les mettre au-dessus de ma PAL 😉

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